Pourquoi les postures du guerrier portent-elles ce nom ?
- 26 juin
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Guerrier I, Guerrier II, Guerrier III… Les postures du guerrier en yoga, ou Virabhadrasana en sanskrit, font partie des postures debout les plus connues. On les retrouve notamment dans les pratiques dynamiques comme le Vinyasa, où elles permettent de travailler à la fois la force, la stabilité, la mobilité et l’équilibre.
Mais pourquoi des postures de yoga portent-elles le nom d’un guerrier ? Et quel lien existe-t-il réellement entre Virabhadrasana et le personnage de Virabhadra ?
Pour le comprendre, il faut faire un détour par la mythologie indienne, mais aussi par l’histoire beaucoup plus récente du yoga postural.
Que signifie Virabhadrasana ?
Le nom Virabhadrasana vient de Virabhadra, un guerrier issu de la mythologie hindoue, et de asana, qui signifie « posture ».
Virabhadrasana désigne donc littéralement la posture de Virabhadra.
Aujourd’hui, on distingue principalement trois postures : Virabhadrasana I, II et III. Elles portent le même nom mais proposent des organisations du corps assez différentes : l’une travaille davantage la stabilité dans une fente, l’autre l’ouverture du bassin et la troisième l’équilibre sur une jambe.
Avant de regarder ces différences, revenons à l’histoire qui leur a donné leur nom.
Qui est Virabhadra, le guerrier de Shiva ?
Virabhadra apparaît dans plusieurs récits de la mythologie hindoue liés à Shiva.
Dans une version couramment racontée, Daksha, père de Sati, organise une grande cérémonie à laquelle Shiva, époux de Sati, n’est pas convié. Humiliée par le mépris de son père envers Shiva, Sati meurt au cours du sacrifice.
Lorsque Shiva apprend sa mort, il est submergé par la douleur et la colère. Il arrache alors une mèche de ses cheveux et la projette au sol : de cette colère naît Virabhadra, un guerrier redoutable chargé d’interrompre le sacrifice de Daksha.
Cette histoire a ensuite donné lieu à une lecture symbolique des postures du guerrier.
On raconte parfois que Virabhadrasana I représenterait le guerrier surgissant de terre, Virabhadrasana II le moment où il repère sa cible et Virabhadrasana III son passage à l’action.
Les postures du guerrier sont-elles des postures anciennes ?
Pas vraiment — et c’est justement ce qui rend leur histoire intéressante.
Le personnage de Virabhadra appartient à une mythologie ancienne, mais les postures portant son nom semblent être beaucoup plus récentes.
On ne retrouve pas de description de Virabhadrasana I, II ou III dans les grands textes prémodernes du hatha yoga. Ces postures apparaissent dans le contexte du développement du yoga postural moderne, au cours du XXe siècle.
À cette période, la pratique du yoga évolue fortement. Les postures prennent une place beaucoup plus importante et rencontrent différentes formes de culture physique et de gymnastique.
C’est une bonne illustration de ce qu’est le yoga aujourd’hui : une tradition ancienne qui n’a jamais cessé d’évoluer, de se transformer et d’intégrer de nouvelles façons de travailler avec le corps.
Virabhadrasana I : le Guerrier I
Dans Virabhadrasana I, le corps s’organise autour d’une grande fente.
La jambe avant est fléchie tandis que la jambe arrière reste allongée, le pied arrière posé au sol et légèrement tourné vers l’extérieur. Le bassin s’oriente autant que possible vers l’avant, tandis que les bras peuvent s’élever au-dessus de la tête. Cette posture demande de trouver un équilibre entre plusieurs directions : pousser dans les pieds pour créer de la stabilité, laisser le bassin s’organiser sans forcer et conserver de l’espace dans le haut du corps pour pouvoir respirer librement.
Selon la mobilité des hanches, des chevilles ou des épaules, la posture peut bien sûr être adaptée. La distance entre les pieds, l’orientation du pied arrière ou la position des bras peuvent varier.
L’objectif n’est pas de reproduire une forme parfaite, mais de trouver une organisation dans laquelle le corps peut rester à la fois engagé et disponible.

Virabhadrasana II : le Guerrier II
Le Guerrier II, ou Virabhadrasana II, est probablement l’une des postures les plus reconnaissables du yoga.
La jambe avant est fléchie, la jambe arrière allongée et le bassin s’ouvre davantage sur le côté. Les bras s’étendent dans deux directions opposées tandis que le regard se porte vers la main avant.
La posture demande un engagement important des jambes, mais ce qui m’intéresse particulièrement lorsque je l’enseigne est la façon dont on peut y chercher de la stabilité sans créer de tensions inutiles.
Les jambes travaillent, mais les épaules peuvent rester relâchées. Le regard est précis, mais le visage n’a pas besoin de se crisper. La respiration continue malgré l’effort.
C’est précisément ce contraste qui rend la posture intéressante : être actif sans tout contracter.
Virabhadrasana III : le Guerrier III
Avec Virabhadrasana III, la logique change complètement. Le poids du corps passe sur une jambe tandis que la seconde s’élève vers l’arrière. Le buste s’incline progressivement vers l’avant jusqu’à chercher, selon les possibilités de chacun, une ligne relativement horizontale entre la tête, le tronc et la jambe arrière.
Le Guerrier III devient ainsi une posture d’équilibre.
Il sollicite fortement la jambe d’appui, les muscles qui stabilisent le bassin et le centre du corps. Il demande également de la concentration : le regard se fixe, les appuis deviennent plus précis et les petits ajustements du corps sont immédiatement perceptibles. Là encore, plusieurs variations sont possibles. Les mains peuvent rester sur les hanches, s’appuyer sur des briques ou un mur, ou les bras peuvent s’allonger vers l’avant.
Une posture d’équilibre n’est pas réussie uniquement lorsque l’on ne bouge plus. Les oscillations et les ajustements font partie de la posture : le corps est justement en train de chercher son équilibre.
Que travaillent les postures du guerrier en yoga ?
Même si leur forme diffère, les trois principales postures du guerrier sollicitent plusieurs qualités communes.
Elles permettent notamment de travailler la force des jambes, la stabilité du bassin, la mobilité des hanches, l’engagement du centre du corps et, particulièrement avec le Guerrier III, l’équilibre et la proprioception.
Mais leur intérêt ne se résume pas à leur dimension physique.
Maintenir un guerrier pendant plusieurs respirations oblige aussi à observer la manière dont on réagit à l’effort : est-ce que je retiens mon souffle ? Est-ce que je contracte les épaules ? Est-ce que je cherche à aller plus loin alors que ma posture est déjà suffisamment intense ?
Être un guerrier… sans combattre
Le nom peut sembler paradoxal pour une pratique que l’on associe volontiers au calme et à l’écoute.
Mais le « guerrier » du yoga n’a pas forcément besoin d’être compris comme une invitation au combat.
Les Virabhadrasana permettent plutôt d’explorer une forme d’engagement : trouver de la force sans rigidité, rester attentif au milieu de l’effort, accepter de modifier une posture lorsque c’est nécessaire et continuer à respirer lorsque le corps travaille.
Finalement, peut-être est-ce là que les postures du guerrier deviennent particulièrement intéressantes : elles ne demandent pas de lutter contre son corps, mais d’apprendre à travailler avec lui.


